Échappé de Hanoi.

Du vertige urbain au souffle des rizières
Par Hải — Carnet de bord d'un photographe en marche

Hanoï est une ville qui vous happe instantanément. Dès les premières lueurs de l'aube, l'énergie y est déjà palpable. J'ai toujours été fasciné par cette intensité : le bourdonnement incessant des scooters, l'esthétique urbaine presque brute de ses ruelles étriquées, l'effervescence de la jeunesse arborant un style de rue assumé et moderne. C'est un chaos magnifique, vibrant et plein de vie. Partager un petit-déjeuner copieux et fumant, assis sur un coin de trottoir, est mon rituel incontournable. C'est le point d'ancrage parfait, le dernier moment de confort avant de s'élancer vers l'inconnu.





Le point de bascule

Pourtant, après m'être imprégné de ce rythme frénétique, l'appel des sommets redevient toujours irrépressible. Le rituel est rodé par une vingtaine d'années de pratique : le sac à dos est bouclé, la boussole vérifiée, les objectifs soigneusement protégés.

Quitter la capitale est une transition physique et mentale. Au fur et à mesure que l'on s'éloigne du tumulte, l'asphalte cède sa place à la terre battue. Le vacarme urbain s'estompe lentement pour laisser place au sifflement du vent à travers les vitres. C'est le début de l'immersion.

L'objectif n'est plus de figer l'urgence de la ville, mais d'apprendre à capturer le silence de la montagne.


Là où le bitume s'arrête, la véritable aventure commence. L'appel brut des pistes du Nord.

Le choc des rizières en terrasse

Et puis, au détour d'un lacet vertigineux au cœur du Nord, elles apparaissent enfin : les immenses rizières en terrasses. Les majestueuses ruộng bậc thang en vietnamien.


C’est précisément ici, face à cette immensité, que notre philosophie de
marcher vers l’authenticité prend tout son sens. Le contraste avec Hanoï est absolu. Là où la capitale impose son urgence, la montagne impose sa propre respiration, dictée par la patience des hommes et le cycle des saisons. Face à ces paysages sculptés à flanc de colline, la photographie devient un acte de méditation.

Depuis plus d'un quart de siècle, ce voyage initiatique, de l'effervescence de la rue vers la nature sauvage, reste mon plus grand moteur créatif. Il me rappelle sans cesse que pour comprendre pleinement la lumière pure des sommets, il faut d'abord avoir vibré au cœur de la ville.